ISRAËL 2024 : Témoignages

29 mars 2024

Ils sont une trentaine à avoir participé au voyage de solidarité organisé par JEM en Israël du 11 au 15 Mars dernier. Un voyage marquant, tant par ses étapes que par ses rencontres. Retour en images sur cette expérience humaine hors du commun.

« Premier jour, direction l’hôpital Sheba qui accueille les victimes du 7 octobre en rémission. Nous rencontrons d’abord Nahat, soldat de 21 ans qui devait finir son service militaire le 8 octobre. Enfin, nous faisons la connaissance d’un couple. Dès les premières attaques, ils sautent dans leur voiture et se dirigent vers le refuge le plus proche avec 38 autres personnes. Les terroristes les trouvent et ouvrent le feu. 27 personnes y perdront la vie. Le couple fait partie des survivants. Ils fêteront leur mariage en juillet. »

« Notre démarche a pris son sens auprès de ceux qui marchent ou qui marcheront à nouveau, plus tard. Malgré les manques les absences : Ils se sont redressés, ils sont debout. Nous avons été touchés par leur dévouement leur compassion pour nous, oui, pour nous. La réparation des corps et des esprits est une réalité et le concept de Tikoun olam, réparation du monde est illustré ici avec un courage admirable. »

« Zahav nous rejoint pour nous faire visiter ce qui reste du kibboutz, ainsi que sa maison. Le 7 octobre à 7h du matin, sa famille se barricade dans la chambre de sécurité sous la menace des terroristes. Ils rentrent dans leur maison, jouent au piano avant de tout piller et de forcer porte et fenêtre pour rentrer dans la chambre de sécurité. Le papa et le frère se relayent pour retenir, à bout de bras, la porte (sans serrure) fermée et rester en sécurité. Après plusieurs tentatives, les terroristes du Hamas perdent patience et brulent les maisons. À 13h, l’armée de Tsahal arrive, sauve sa famille du feu. »

« Avec les maisons du kibboutz Beeri, nous avons découvert la vie disparue, suspendue. Le silence avec le bruit lointain et si proche des bombes .
Un jeune habitant est revenu sur les lieux où certains ne reviendront pas. Il incarne le respect la dignité » 

« Nous sommes frappés par le contraste entre la beauté du lieu, l’esprit paisible qui y flotte et les arbres en fleur donnant citrons et magnolias avec le néant, les squelettes des maisons brûlées, le bazar des meubles pillés et le visage de tous ces habitants qui ont construits ce lieux, y sont nés et massacrés…. Le chant des oiseaux raisonnent avec les explosions de bombes à Gaza qui se trouve seulement à 4 km de nous. »

« Quand je marchais à travers les allées de ce kibboutz dévasté et que j’entendais dans le silence sombre de ce lieu le chant des oiseaux j’avais ce même ressentiment de vide et d’effroi mais la même triste réalité macabre que lors de la visite dans le camp de concentration d’Auschwitz avec mes enfants il y a une vingtaine d’années. Ici en plus nous avions en fond sonore le bruit des roquettes dans un grondement sourd. Alors nous étions tous ensemble et nous avons compris que nos vies avaient pris un nouveau sens. »

 

« Nous poursuivons notre pèlerinage de mémoire sur les lieux du festival de Nova. C’est un grand champs avec une magnifique végétation et le sentiment de vide. Un arbre est planté pour chaque personne tuée ou enlevée pendant ce cauchemar, avec leurs noms et leurs photos. Des visages qui pourraient être les nôtres, ceux de nos amis, de notre famille. Des jeunes innocents qui voulaient simplement faire la fête et danser, toutes religions et origines confondues. Nous voyons, nous comprenons, mais tout semble tellement irréel… »

 

« Le plus glaçant est de marcher sur ces grandes allées en sables que nous avons si souvent vues à la télé, traversées par les terroristes en pleine attaque et les civiles essayant de s’enfuir. Ils étaient là, sous nos pas. »

« À Nova, ce désert, ces absences sont cruelles cette jeunesse insouciante évanouie, meurtrie. »

« Nous applaudissons un groupe de soldats venus rendre hommage et nous lisons un Kaddish tous ensemble. Qu’ils reposent en paix et que leur mémoire soit toujours honorée. »

« Au centre logistique de Latet, nous sommes chaleureusement reçus par le joli sourire d’Emma.  Latet, qui veut dire « donner », est l’équivalent des Restau du Cœur en Israël. Chaque semaine, 100 000 familles reçoivent un carton rempli de nourriture sèche. Tout cela est possible grâce à la bonne volonté de bénévoles juifs, musulmans, druzes et chrétiens qui se mobilisent au quotidien. Depuis la guerre, le nombre de nécessiteux a triplé. Ils ont besoin de renfort et on est là pour ça ! Alors, au boulot ! »

 

 « Nous nous répartissons autour de la chaîne et chacun prend son poste. Plier les carton et les remplir: jus de raisin, huile d’olive, riz, pois chiche, confiture, sauce tomate, nouilles, pâtes, petit poids, maïs, miel, matzot et puis on ferme. C’est long, chronophage et physique mais la musique nous entraîne et quand on pense aux personnes qui vont recevoir et ouvrir ces cartons, nous sommes re-motivés et près à éclater les records ! 760 paquets de Pessa’h prêts en 4h…. A 20 cartons du record ! Équipe de choc ! « 

« Au kibboutz Erez, les rires d’enfants raisonnent dans nos cœurs, nous avons ressenti les tensions morales, psychiques en pensant aux enfants et aux parents. Un témoignage hésitant, poignantn qui raconte l’indicible. Il est là robuste et fragile sur sa terre, notre terre. »

 

« Au bout de l’allée d’orangers : la frontière avec Gaza à 900 m. Le verger est en dehors du kibboutz. Des véhicules militaires circulent. Il paraît qu’il y avait eu des tirs de roquettes la veille vers le kibboutz. De toutes façons on en entend tous les jours. Vue la taille du pays ce n’est jamais loin. Le premier jour c’étaient des bombes d’une tonne larguées sur Gaza. »

« Tel-Aviv, la vibrante méditerranéenne cosmopolite, résiliante, surréaliste. Nous avons ici eu la chance de rencontrer l’ambassadeur, une occasion unique de mieux comprendre l’incompressible : les enjeux politiques et sociétaux de la région. Le jour d’après céest aujourd’hui, demain est reporté. »

« Direction Rehovot dans la base militaire de défense aérienne. 180 soldats arrivent pour dîner après une longue journée d’opération à Gaza (7 min en avion) et au Liban (15 min en avion) alors, au boulot ! Gants, couteaux, économes, planches et musique fond… tout le monde s’active pour préparer un super dîner barbecue aux soldats ! « 

« Grand moment de convivialité et d’efficacité. Naturellement, chacun trouve son rôle et la solidarité s’enchaîne jusqu’à l’arrivée des soldats. Nous avons la chance d’échanger avec le Lieutenant Mitat, réserviste appelé au combat, qui nous raconte le quotidien de ses missions. Ces soldats, des jeunes adolescents de 20 ans ont passé l’après-midi sur le front et la soirée autour d’un barbecue à échanger avec nous, et danser ! Moment magique et inoubliable ! »

“Lorsque nous demandons aux soldats comment on peut se battre nous, à notre niveau, dans nos pays respectifs, ils répondent : être fiers d’être juif et ne pas avoir peur. Cap ?”

« La Place des Otages : Au milieu de cette esplanade, une enfilade de tables sur lesquelles le couvert est mis, sur chaque chaise, la photo d’un otage. Sur la gauche, des objets vendus pour venir en aide aux familles. Parmi ceux-ci une plaque métallique rectangulaire dont les deux moitiés sont symboliquement prédécoupées telles les gourmettes des militaires en temps de guerre. «Bring Them Home Now » est-il écrit sur l’une d’elles l’équivalent en hébreux sur l’autre. »

« Sur la Place des Otages, dans un endroit un peu caché, je vois un arbre sous lequel se balancent de longues bandes de papier. Je n’arrive pas à lire ce qui est écrit mais cela n’a pas d’importance. Le choc émotionnel est là. Je fais tout de suite le parallèle avec l’arbre métallique dans le minuscule jardin derrière la synagogue de Budapest. Il a des feuilles gris acier en forme de feuilles de cerisier. Chacune d’elles porte le nom d’un juif victime des nazis. Cet arbre-ci avec ses papiers suspendus virevoltant symbolise une autre tentative de Shoah, d’extermination. Là, serrer les dents et ravaler ma salive ne suffisent plus. Cette fois-ci, je craque pour de bon. »

“Il y avait les images effroyables du kibboutz Béeri et des victimes de Nova, le silence pesant du jardin d’enfants à Erez, le vide des otages toujours en captivité … mais aussi toute la Lumière d’Israël. Tant de joie, de résilience, de solidarité, d’espoir… de VIE.”

Par Sylvie Jacquin, Mélina Samoun, Corinne Brami, Déborah Hamou et Jean-Maurice Cohen.

Quelques liens pour vous aussi apporter votre aide :

  • Pour aider l’association LANH qui nous a organisé l’expédition du premier jour à l’Hôpital Sheba, sur le site du festival Nova et dans le kibboutz Beeri, cliquez ici.
  • Pour ceux qui souhaitent un contact chez Latet pour faire du volontariat, contactez Emma et/ou pour ceux qui souhaitent faire un don à cette organisation, cliquez ici.

  • Pour aider le kibboutz agricole Erez, cliquez ici.