Une nouvelle dynamique pour l’Ensemble Choral Copernic

25 août 2025

L’Ensemble Choral de Copernic ouvre un nouveau chapitre. Après le départ d’Itaï Daniel, une nouvelle équipe prend la direction artistique : Thomas Tacquet, chef de chœur, et Frédéric Albou, chanteur lyrique et programmateur. Leur ambition : insuffler une nouvelle dynamique au chœur, mêlant traditions musicales hébraïques, répertoires anciens et créations contemporaines, dans une démarche de dialogue interculturel. Découvrez ici l’interview de Frédéric Albou.

Comment êtes-vous arrivé à Copernic ?

Je suis arrivé à Copernic un peu par hasard, en remplacement pour la création de la cantate Machzor Chayim d’Itaï Daniel, il y a une dizaine d’années. Les mouvements de musique contemporaine étaient exigeants et nécessitaient un soutien vocal supplémentaire, que je suis heureux d’avoir pu apporter. Ensuite, Itaï Daniel m’a appelé pour me demander si je pouvais donner des cours de chant au frère du Président de JEM, puis pour d’autres concerts de l’ECC…

Avez-vous un lien personnel avec la communauté ?

Je ne suis pas juif moi-même. Mon grand-père, Abraham Roger Albou l’était, mais il s’est converti dans les années 1930. Un de ses cousins, Richard Abbou, venait à Copernic. Mais je dois dire que j’ai commencé à travailler avec la communauté dès les années 1990, notamment pour des mariages, avec Raphaël Elfassy et Adolphe Attia. J’ai toujours été conscient que cela faisait partie de mes origines. Je n’ai pas reçu cet héritage de manière directe, ni culturellement ni familialement, mais cela comblait un vide.

En quelques mots, quel est votre parcours musical ?

Je suis chanteur lyrique et j’ai commen- cé ma carrière en musique ancienne. J’ai été l’élève de Jory Vinikour, grand claveciniste, lauréat de Grammy Awards, formé par Chiara Banchini, claveci- niste de Marc Minkowski, René Jacobs, mais aussi de Jean-Pierre Ouvrard… J’ai beaucoup travaillé sur la musique de la Renaissance.

J’ai aussi fait partie de l’ensemble Kérylos, spécialisé en musique grecque antique, avec Annie Bélis. Aujourd’hui, nous re- lançons ce projet avec Laurent Capron et Sylvain Perrot, deux de ses héritiers. Nous avons récemment donné une démonstration musicale à l’ENS, en septembre.

Je mène également un travail de recherche et d’écriture sur la Chine ancienne et l’astronomie grecque. Je prépare un livre sur le corpus des hymnes orphiques, transmis par des manuscrits du XVe siècle, mais probablement conçus vers 1400 av. J.-C., à l’époque où la Chronologie du Marbre de Paros situe l’existence d’Orphée. Contrairement à ce qu’en disent les hellénistes depuis le XIXe siècle, ces hymnes ne sont pas seulement mythologiques : on y trouve des descriptions précises de mouvements astraux et saisonniers. L’astronome grec Konstantinos Khassapis, mort en 1972, dont je suis les traces via sa disciple Maro Papathanassiou, a démontré cela dans sa thèse. Je m’appuie sur ses travaux pour développer mes recherches sur Orphée et l’orphisme.

Et du côté de la voix ?

J’ai la chance d’avoir une voix longue et dramatique, mais aussi très souple. Je chante aussi bien Wagner, Strauss, Massenet, Rossini, Haendel, que les grands monologues de Monteverdi. Je travaille aujourd’hui avec Marian Sarkissian, un génie de la technique vocale. Mais mes débuts en musique ancienne m’ont aussi conduit à pousser mes recherches vers les manuscrits – comme ceux des Cantigas de Santa Maria que nous donnerons le 1er août sous la forme d’une déambulation dans l’abbatiale du cloître de Moissac.

Un luthiste d’origine juive du groupe a été très ému quand je lui ai parlé de la kharja séfarade que nous chanter, qui fait suite à un muwashshah (forme poétique andalouse en arabe), que nous dirons, traduit en français, probablement contemporain de la cour d’Alphonse X le Sage. Ce roi, qui a inventé le droit d’auteur avant l’heure, s’est identifié au roi David – on le voit représenté avec une lyre. Pour ce programme, nous avons retrouvé un piyout (Adonaï ma’adon) dont une musicologue situait la composition à la Renaissance. Mais en reconnaissant la mélodie, j’ai pu établir un lien avec une célèbre chanson de Bernard de Ventadour. Philippe Haddad a reconstitué les paroles, et nous allons le chanter. Tout cela s’inscrit dans une dynamique de lien entre cultures, spiritualités et traditions musicales.

Comment définiriez-vous votre manière de programmer et comment allez-vous procéder pour le l’Ensemble Choral Copernic avec Thomas Tacquet ?

Je fais de la programmation musicale depuis au moins 2014. J’ai été nommé directeur de la programmation musicale à Milan pour les éditions Lemma Press, après avoir créé des programmes « sur mesure » pour Wilson Balda, puis l’Espace Christiane Peugeot. Je conçois mes programmes comme des récits, des enquêtes musicales qui brisent les codes. C’est cette logique que nous souhaitons porter à Copernic avec Thomas Tacquet.

Thomas a une belle expérience de programmateur et de chef discret mais puissant. Il a notamment assumé la succession d’Amaury Du Closel pour les Voix étouffées et Opéra Nomade. Ensemble, nous voulons impulser une nouvelle dynamique à l’Ensemble Choral de Copernic, avec des croisements interculturels : par exemple, Ernst Bloch, Darius Milhaud, ou encore des mises en musique des Lamentations de Jérémie selon différentes époques. Cela devient un geste œcuménique : des compositeurs chrétiens qui intègrent les lettres hébraïques dans leurs partitions, comme des lettrines de manuscrits médiévaux. Nous disposons tous deux de bibliothèques conséquentes, et nous espérons croiser nos réseaux pour inviter d’autres musiciens à travailler avec l’ECC.

Thomas vient d’une tradition protestante, avec des racines en Alsace. Il a collaboré avec de nombreuses formations, notamment l’Orchestre de l’Opéra de Massy. L’idée est aussi de développer un travail avec de petits ensembles vocaux, en réponse avec le chœur.

“Nous voulons impulser une nouvelle dynamique à l’Ensemble Choral de Copernic, avec des croisements interculturels”

Justement quels sont vos projets pour le chœur, y-a-t-il encore de la place pour se joindre ?

Nous allons probablement recruter des voix d’hommes supplémentaires. Et évidemment l’Ensemble Choral Copernic est ouvert : s’il y a des gens intéressés, qu’ils viennent auditionner. Mais je tiens aussi à accompagner les choristes déjà présents, à les soutenir pour qu’ils puissent continuer à évoluer dans les meilleures conditions. Nous répétons actuellement en vue des prochains concerts et nous avons déjà validé une méthode de travail avec l’équipe. Pour la rentrée de septembre, le choix s’est porté sur «Le Déluge» de Camille Saint-Saëns, Op. 45, épisode biblique appartenant au groupe des partitions romantiques que Thomas Taquet a à coeur de remettre à l’honneur, mais qui, de plus, comporte des pages parfaitement adaptées à un travail pédagogique pour une formation comme l’ECC. D’une durée de 45 à 48 minutes, l’œuvre permettra par ailleurs d’ajouter une autre page, à préciser.

Enfin, pour l’été 2026, il y aurait une opportunité pour que le Festival Européen des Chorales Juives se tienne en Grèce. Il se trouve que je suis en relation de collaboration avec plusieurs artistes grecs, comme Alexandre Myrat, ou l’auteur Spyros Tzovilis. J’ai également provoqué la création, par le compositeur Barton Bullock, d’un cycle de mélodies sur des Hymnes orphiques, qui vise à inviter les auditeurs à découvrir les principales clés de l’enseignement spirituel orphique, et nous travaillons précisément à des possibilités d’aller le donner en Grèce. Je crois aux vertus du réseau : plus nous mettons en commun nos efforts, plus on a de chances de faire aboutir ce type d’initiatives.