Rencontre Fraternelle : Quand le dialogue devient tradition 

13 mai 2026

Il y a des soirées qui ressemblent à des promesses tenues. Lundi dernier, la 5ème « Rencontre Fraternelle » entre le Diocèse de Paris et Judaïsme en Mouvement s’est tenue au Collège des Bernardins, ce lieu chargé de 8 siècles d’Histoire niché dans le 5ème arrondissement de Paris.

Quatre ans après la première édition (45 séminaristes accueillis à la synagogue Beaugrenelle pour Chabbat), ce rendez-vous est devenu une tradition vivante, un rituel spirituel, alternant chaque année entre nos deux maisons.

Un lieu qui parle

Entrer dans le Collège des Bernardins, c’est traverser le temps. Fondé en 1245 par des moines cisterciens venus étudier à Paris, réquisitionné comme bien national à la Révolution, transformé en prison puis en grenier à sel avant de devenir une caserne de pompiers pendant cent cinquante ans, ce bâtiment colossal a été ressuscité au tournant des années 2000 sous l’impulsion du Cardinal Lustiger, et rendu à sa vocation première : la transmission, la recherche, le dialogue. Benoît XVI, lors de sa visite en 2008, avait souligné avec une profondeur saisissante que si ce lieu avait traversé les siècles, c’est parce que les moines qui l’habitaient étaient, avant tout, à la recherche de Dieu.

C’est précisément dans cet esprit que la soirée a débuté, avec les mots de Laurent Landete, directeur général délégué du Collège, et de Jean-François Bensahel, président de JEM. Deux voix, deux communautés, un même désir : donner une grande vitalité et une actualité renouvelée à l’amitié judéo-chrétienne.

“La bénédiction, c'est à deux.”

Rabbin Philippe Haddad

Des Vêpres à la table fraternelle...

À 19h30, les Vêpres ont résonné sous la Nef gothique, cette arche de pierre qui semble suspendue entre le ciel et la terre. Pour les membres de JEM présents, une expérience étrange et émouvante : se laisser envelopper par une prière qui n’est pas la sienne, et y reconnaître pourtant quelque chose de familier.

La visite guidée a ensuite conduit les participants à travers les espaces du Collège. Après la Nef, la bibliothèque a particulièrement frappé les esprits : entièrement repensée par l’architecte Jean-Michel Wilmotte dans un esprit résolument contemporain, elle abrite, sous une vitrine, une Torah, rappel silencieux de la matrice commune des deux traditions. Les salles de cours et l’amphithéâtre ont révélé les trois missions de cette institution singulière : la transmission, la recherche et le débat, entendu comme promotion active d’une culture du dialogue.

Le temps de la controverse ?

Sous la Nef, autour d’un dîner cacher servi entre les colonnes romanes, les échanges ont pris une dimension nouvelle. Jean-François Bensahel a lancé une invitation forte : « il est temps », a-t-il dit, « d’entrer dans la controverse, de construire ensemble un Talmud de nos accords et de nos désaccords ». Un projet vers plus d’intelligence mutuelle et de proximité avec l’Éternel.

Le rabbin Philippe Haddad a fait écho à cette aspiration avec une formule qui résume à elle seule l’esprit de ces rencontres : « la bénédiction, c’est à deux ». Ni syncrétisme, ni prosélytisme mais la conviction que le Je et le Tu, selon la formule de Martin Buber, ne se construisent que face à face, dans la rencontre réelle de l’autre. Monseigneur Dominique Catta, Vicaire général de l’archidiocèse de Paris, a conclu la soirée avec la même chaleur, rappelant que ce dialogue judéo-chrétien patiemment tissé depuis des décennies porte ses fruits. Les chants pour clore la soirée ont scellé ce moment rare avec une élégance sobre.

Une tradition qui fait école !

Cinq ans. Cinq rencontres. Alternativement chez les uns et chez les autres (la synagogue Beaugrenelle, la synagogue Copernic, l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, le Collège des Bernardins) dans un mouvement de réciprocité qui est déjà, en soi, un message. Ce que Sandrine Schein, initiatrice du projet avec Cyprienne Lancrey-Javal, a porté avec une conviction intacte depuis le premier soir, prend aujourd’hui la forme d’un modèle : celui d’un dialogue judéo-chrétien incarné, ancré dans des lieux, des visages, des repas partagés. Ce modèle mérite des émules. À l’heure où les replis identitaires et les peurs communautaires se nourrissent mutuellement, ces soirées démontrent qu’une autre voie est possible, exigeante, joyeuse, et profondément nécessaire.

La prochaine Rencontre Fraternelle se tiendra à JEM, pour un Chabbat dont la date sera prochainement annoncée.