Rencontre avec Aharon Harlap, compositeur
Le dimanche 8 février à 17h00, la Synagogue Copernic accueillera le prochain concert de l’Ensemble Choral Copernic, un programme placé sous le signe du dialogue entre les traditions spirituelles et musicales.
Aux côtés d’une œuvre de Camille Saint-Saëns, figure majeure du patrimoine musical français, le concert proposera la création française du Magnificat du compositeur israélien Aharon Haarlap, en présence du compositeur, qui présentera lui-même son œuvre avant l’exécution.
Écrite pour solistes, chœur et ensemble instrumental, cette composition d’une vingtaine de minutes fait dialoguer le latin et l’hébreu, le Cantique de Marie et des psaumes bibliques, dans une démarche profondément spirituelle et universelle. À la veille de cette création parisienne, Aharon Haarlap revient sur la genèse de son Magnificat, son sens et ce qu’il espère transmettre au public.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de composer un Magnificat, et comment avez-vous abordé un texte aussi chargé d’histoire et de significations spirituelles ?
Après avoir appris qu’elle est bénie par Dieu et qu’elle portera, selon la foi chrétienne, celui qui apportera justice au monde, Marie répond par une prière d’une force spirituelle remarquable.
C’est cette parole — à la fois humble et puissante — qui m’a profondément inspiré. Elle rend grâce pour la bonté divine accordée à une femme d’origine modeste, pour la miséricorde de Dieu envers Israël, et pour l’accomplissement des promesses faites à Abraham et à sa descendance. Mettre ces mots en musique a été pour moi une manière de prolonger cette élévation spirituelle.
Votre Magnificat est écrit à la fois en latin et en hébreu. Cette dimension bilingue répond-elle à une intention particulière ?
Le Magnificat fait traditionnellement partie de l’office des vêpres dans la liturgie catholique, et il est donc chanté ici en latin, dans sa langue originelle. J’ai souhaité y intégrer également deux psaumes de l’Ancien Testament — le Psaume 1 (« Heureux l’homme… ») et le Psaume 57 (« Fais-moi grâce, ô Dieu ») — interprétés en hébreu.
Bien que ces psaumes ne soient pas prononcés par Marie, ils partagent avec le Magnificat une même célébration de la grandeur et de la gloire de Dieu. Leur présence dans l’œuvre exprime une conviction profonde : la foi en Dieu et la louange de Sa grandeur sont universelles, partagées par le judaïsme et le christianisme.
Que représente pour vous cette première française, et le fait que votre œuvre soit créée dans un lieu comme la Synagogue Copernic ?
Le fait que ce Magnificat soit interprété dans une synagogue prend tout son sens. Cette œuvre peut être jouée aussi bien dans une église que dans une synagogue, précisément parce qu’elle porte un message universel.
Sa création en France est pour moi un symbole fort de cette universalité. Je suis profondément reconnaissant que cette musique puisse être entendue ici, dans un lieu chargé d’histoire, ouvert au dialogue et à la rencontre entre les traditions.
Que souhaiteriez-vous que le public ressente ou emporte avec lui après avoir entendu votre Magnificat pour la première fois ?
J’espère avant tout que le public sera ému, tout comme je l’ai été moi-même en composant cette œuvre.
À travers la musique, j’ai cherché à donner une voix à des mots d’une puissance spirituelle exceptionnelle. Si l’auditeur repart touché, intérieurement déplacé ou simplement habité par ces paroles mises en musique, alors l’essentiel aura été accompli.