Plongez dans la hafrachat ‘halla avec Laïla-Esther
Pétrir, prélever, tresser, et partager un moment convivial : le jeudi 19 février à Copernic, JEM vous propose un atelier Hafrachat ‘Halla animé par Laïla-Esther, autour de la préparation du pain et sa symbolique. Elle vous révèle ci-dessous les coulisses de la création de cet atelier où chaque étape invite à ralentir, à transmettre et à créer du lien.
Quelle expérience personnelle vous a donné envie de créer cet atelier ?
Ma passion première, avant même la transmission, c’est la nourriture saine comme fondement de la santé. Nourrir, c’est déjà prendre soin. L’idée d’ateliers culinaires existe chez moi depuis longtemps, j’ai même crée un petit groupe whatsapp “B’teavon” et une page insta mais humblement je n’ai pas la mentalité du réseau, je suis plutôt à mettre les mains ‘à la pâte’! Il fallait un point d’ancrage. La halla s’est imposée naturellement : le pain est la base de tout. Chez moi, j’ai toujours entendu dire : « Du bon pain, un bon matelas et on est heureux. » C’est une phrase simple, presque brute, mais elle dit l’essentiel : la sécurité, la dignité, le quotidien. Commencer par la ‘halla, c’était commencer par le socle.
La "hafrachat 'halla est un geste ancien. Qu'est-ce qui se joue dans ce moment précis du prélèvement de la pâte ? Qu'est-ce que cela vous évoque personnellement ?
Le prélèvement est un arrêt dans l’élan. On travaille, on pétrit, on est dans l’action… puis soudain, on s’arrête. On sépare, on retire. On prélève. On pré-lève. Ce geste me touche parce qu’il rappelle que tout n’est pas à nous, même ce que nous avons fabriqué de nos mains. Il y a une part que l’on rend, une part que l’on élève. Personnellement, j’y vois une forme de mise à distance salutaire : ne pas être engloutie par le faire, mais redonner du sens à ce que l’on fait.
Pour quelqu'un qui n'a jamais fait cette mitsva, comment raconteriez-vous ce qui se passe pendant l'atelier ? Qu'est-ce qu'on y vit concrètement, au-delà du geste technique ?
Concrètement, on met les mains dans la pâte et c’est tellement satisfaisant ! On y va sans précaution inutile : ça colle, ça résiste, ça déborde parfois. On ajuste, on recommence, on se trompe et on en rit. Moi avec la même recette, ma pâte n’est pas toujours réussie et je ne comprends jamais vraiment pourquoi : ou plutôt en fait, je me pose la question et je réalise que ça peut correspondre à mon humeur, mon énergie, ce que j’ai en moi. Bref, ça m’amène l’air de rien à l’introspection. En réalité, presque sans qu’on s’en rende compte l’attention se resserre, naturellement. Au-delà de la technique, ce qui se vit, c’est un temps à part. Un moment simple, presque ordinaire, où quelque chose s’allège.
“On finit les mains encore farinées, mais l’esprit plus clair, comme si le geste avait ouvert un espace de calme et de confiance.”
Qu'est-ce qui se transmet réellement dans ces ateliers selon vous ? Est-ce seulement une technique, ou quelque chose de plus profond se joue-t-il autour de la table ?
La technique est secondaire. Elle s’apprend vite. Ce qui se transmet, c’est autre chose : prendre le temps, faire avec soin, être ensemble sans masque. Le pain n’est pas un aliment comme les autres. Il n’existe pas sans l’homme. Il suppose une chaîne de gestes, de patience et de transmission que seule l’humanité a développée. Autour de la table, on ne fait donc pas qu’apprendre à pétrir : on réactive une mémoire ancienne, collective, profondément humaine. Il se passe alors quelque chose de très simple et très rare aujourd’hui : on fait, on écoute, on partage sans se justifier. Chacune trouve sa place dans un geste commun, sans compétition ni performance. C’est une transmission discrète, presque silencieuse mais elle s’inscrit dans le corps, dans le rythme, et elle dure bien au-delà de l’atelier, je l’espère.
Qu'est-ce qui symboliserait le mieux pour vous le sens de cette transmission ?
Ce qui symbolise le mieux pour moi cette transmission, c’est le temps de la levée. Un temps qu’on ne maîtrise pas vraiment, mais qu’on apprend à respecter. Il oblige à ralentir, à faire confiance, à accepter que certaines transformations ne se produisent qu’ainsi.
Jeudi 19 Février c’est complet mais rendez-vous le 12 mars à la synagogue Beaugrenelle.