Pessa’h 5786 : Book Club
La Haggada du Rav Jonathan Sacks, traduite en français (traduction de The Jonathan Sacks Haggada: The Appelbaum Edition, Koren Edition).
C’est simple, avec le rabbin Jonathan Sacks, même quand on connaît bien un domaine, on apprend toujours quelque chose, et l’on est toujours « bluffé » par les nouvelles perspectives qu’il arrive à prendre sur un sujet, même le plus rebattu…
Cette haggadah n’échappe pas à la règle, avec une série d’essais qui explorent aussi bien « Pessah, Freud et l’identité juive », « Pessah et la renaissance d’Israël », qu’une étude sur le rôle des femmes dans l’Exode, ou encore (à la lumière de la philosophie anglo-saxonne, peu connue en France, et pour cette raison si précieuse), l’exploration d’une philosophie du leadership et de la construction d’une nation…
En plus de ces essais, le livre comporte une partie « opérationnelle » pour suivre le Seder, avec une belle iconographie : un must !
La Haggada aux quatre visages (Traduite et commentée par Rivon Krygier, peintures de Gérard Garouste), suivie du commentaire « la saveur de l’azyme », Editions IN PRESS, Paris 2019.
Tous ceux qui connaissent notre maître et ami le rabbin Rivon Krygier retrouveront ici la grande maîtrise de son érudition et de son sens pédagogique. Cette aggadah est l’œuvre d’une vie, patiemment ourlée de toute son expérience rabbinique et de son sens critique si précieux. Magnifiques images de Gérard Garouste, cela va sans dire…
Là aussi, aspect pratique important, le livre distingue la partie « essais » de la liturgie du Seder elle-même (avec des commentaires inédits).
Ceremony & Celebration: Introduction to the Holidays, 2017.
Sacks again…
Oui, inévitable, tant le rabbin Sacks, par son constant aller-retour et ses confrontations entre les enseignements traditionnels et les pensées actuelles issuesdes sciences sociales ou de la philosophie, nous stimule par ses réflexions, ce qui est exactement l’une des fonctions du Seder ! « J’ai des centaines de réponses, plaisantait un rabbin devant son auditoire, qui a des questions ? »
Isaiah Berlin, Le sens des réalités, Les Belles Lettres, 2011.
Pessah, c’est la liberté, non ?
Isaiah Berlin, historien des idées que j’adore, est l’auteur de cette phrase délicieuse :« Peuple Juif ? Trop d’histoire, pas assez de géographie… ». Il avait publié ce livre en 1969, qui demeure d’une actualité sidérante (et désolante, pour ainsi dire…).
Son propos : affirmer et défendre les fondements et la valeur de la liberté individuelle contre ce qui la menace à notre époque. Héritier de la grande pensée libérale anglaise (Locke plutôt que Hegel, Tocqueville plutôt que Marx), I. Berlin analyse les régressions sanglantes causées par les multiples doctrines de souveraineté absoluequi ont fleuri au 20ème siècle… Pour finir par une éloge de l’autonomie de l’individu, de sa responsabilité, du libre choix, du pluralisme et de la diversité.
Revigorant, non ?
Shlomo Pinès, La liberté de philosopher. De Maïmonide à Spinoza (trad. Rémi Brague), Desclée de Brouwer, 1997
Shlomo Pinès (1908-1990), personne ne le sait, est né en France et y a fait ses études ! Tout simplement l’un des plus grands érudits du 20ème siècle en ce qui concerne la pensée juive, il livre dans cet ouvrage – qui regroupe plusieurs essais sur des sujets différents – toute la puissance de son érudition. Un essai, en particulier, retiendra notre attention : celui où Pines démontre que les rabbins sont précisément ceux qui ont acculturé la notion grecque de la liberté au Moyen-Orient, notamment à travers la Haggadah…