Israël post 7 octobre : témoignage sur la résilience et l’espoir

29 septembre 2025

Ces derniers jours, Lionel Errera, président du Fonds de Dotation JEM, fut un  témoin privilégié de la vie en Israël post 7 octobre. Entre tragédie et espoir, douleur et résilience, il a rencontré des hommes et des femmes qui, malgré leurs blessures, choisissent de reconstruire, d’innover et de croire en un avenir de paix.

J’ai eu l’immense privilège de participer au board international du Centre Peres pour la paix et l’innovation. Ces trois journées étaient intenses, instructives, incroyablement inspirantes et parfois émouvantes. La tragédie du 7 octobre et ses conséquences représentent un trauma qui, selon certains, marquera la société israélienne pendant de longues, très longues décennies.

La riposte à Gaza, telle qu’elle est menée par les héroïques soldats de Tsahal, mais dictée par le gouvernement actuel, a fait de ce pays une nation infréquentable aux yeux du plus grand nombre. La guerre médiatique menée par les Frères musulmans, orchestrée par l’Iran, financée par le Qatar, est comme une balle lancée à pleine force, qui rebondit sans cesse sur les réseaux sociaux, que tout ou une partie des gauches soi-disant bien-pensantes à travers le monde relance. La vague d’antisémitisme à travers le monde ne manque pas de nous rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. Bibi = tous les Israéliens = tous les Juifs = tous les patronymes à consonance juive. Bien joué, les « salopards » !

ET POURTANT,
Pendant ce temps, les Israéliens manifestent par centaines de milliers chaque semaine et leur attachement viscéral à la démocratie et à la paix est criant (d’ailleurs, elle crie…), hormis quelques fanatiques irresponsables. J’ai eu la chance, à travers de nombreuses rencontres, de me rendre compte de la vitalité de cette société sauvagement brutalisée, violée, amputée. Pas un seul foyer en Israël ne compte parmi sa famille ou ses amis une personne assassinée, kidnappée ou blessée.

ET POURTANT,
La solidarité, la résilience de la société, les initiatives individuelles et collectives sont une source d’inspiration et d’espoir. Pas un jour sans une nouvelle agression antisémite, une nouvelle déclaration immonde d’un responsable politique en quête de popularité auprès d’une jeunesse qui se cherche, ou d’un journaliste en quête de buzz. Le peuple israélien est remarquable et il n’aspire, dans sa très vaste majorité, qu’à la paix avec les États voisins et à une coexistence harmonieuse avec les Palestiniens.

J’ai pu échanger avec des représentants de toute la société israélienne : Juifs, musulmans, Druzes. Ils travaillent ensemble à la reconstruction des communautés du Nord et du Sud du pays. J’ai dîné avec une femme palestinienne de Jérusalem-Est qui œuvre inlassablement pour la paix aux côtés d’une Israélienne de Jérusalem-Ouest. J’ai écouté ce maire druze dont la fidélité à l’État d’Israël est implacable, j’ai assisté à un entraînement de football (programme du Centre Peres) entre des jeunes Juifs et des jeunes Arabes, j’ai écouté les entraîneurs expliquer comment, depuis le 7 octobre, avec l’intelligence du cœur, ils expliquent aux parents réticents que leurs enfants devaient continuer à jouer ensemble.

Au Centre Peres, nous avons découvert cet incubateur qui offre aux jeunes entrepreneurs issus des minorités arabes et ultra-orthodoxes autant de chances que leurs pairs issus des unités d’élite de l’armée.

À Beeri, nous avons écouté une survivante nous détailler, heure par heure, le 7 octobre qu’elle a vécu à partir de 6 h 29, durant lequel son mari et son fils ont été assassinés. Cette journée, la plus longue de l’histoire, car tant que tous les otages ne seront pas rentrés, elle ne se terminera pas. Cette femme veut reconstruire sa maison détruite par ces terroristes qu’elle n’affuble d’aucun adjectif, car pour elle, s’il faut tirer les leçons du passé, il faut être entièrement mobilisé pour demain.

Une autre femme remarquable d’intelligence et d’optimisme nous a détaillé comment elle s’attachait à recréer un environnement à Beeri, à Nahal Oz, à Kfar Aza pour que les habitants reviennent. Son parti à elle, c’est le Radical Hope.

J’ai pleuré de rage à l’hôpital Sheba en voyant à deux mètres les uns des autres une mère palestinienne et sa fille de 3 ans et une Haredim avec son fils de 4 ans, alors que certains osent parler d’apartheid. Cet hôpital compte autant de patients et de personnel hospitalier juifs qu’arabes.

Je suis resté sans voix en écoutant la responsable de l’unité de réhabilitation des blessés. Tous les codes ont été repensés dès le 8 octobre pour accueillir ces jeunes, leur redonner goût à la vie, leur apprendre à vivre avec une prothèse de jambe ou un seul bras. Dès que l’un d’eux passait, cette femme inouïe l’embrassait, l’encourageait. Elle aussi a des fils à Gaza. Ils ont peur de s’endormir, alors les visites sont autorisées quasiment 24 heures sur 24, les animaux de compagnie sont tolérés dans tout l’hôpital.

Au siège de Latet, cette exceptionnelle association qui livre dans tout le pays des cartons remplis de nourriture, de produits de première nécessité aux rescapés de la Shoah, aux personnes déplacées, aux nécessiteux, nous avons pu admirer le professionnalisme des équipes, la qualité des process, la logistique. 7 000 bénévoles par an viennent passer une journée à remplir des cartons : jeunes, vieux, Israéliens, étrangers, religieux, laïques. C’est eux qui permettront que 30 000 cartons soient livrés aux familles les plus pauvres, avec, entre autres, une pomme et un pot de miel pour Roch Hachana. Gilles Darmon, son fondateur, est un véritable mensch.

Alors oui, la guerre est horrible, il y avait peut-être, sûrement d’autres moyens de ramener les otages et d’éradiquer le Hamas, mais Israël paye un prix incommensurable pendant que trop de pays, que l’ONU, fustigent la nation toute entière alors même que dans toutes les chancelleries, on se réjouit que le sale boulot soit fait. En désarmant le Hamas, en émasculant le Hezbollah, en virant Assad, en dézinguant les Houthis et en annihilant tout ou partie du programme nucléaire iranien, c’est Israël qui protège ses détracteurs, qui ne voient rien venir.

À la tête du Centre Peres pour la paix et l’innovation, Chemi Peres, mon ami, perpétue l’héritage spirituel de son père, le président Shimon Peres (ZAL). Avec Efrat Oshed et toute l’équipe, le travail accompli est exceptionnel d’intelligence, de cœur et de vision. La solidarité de tous, la résilience et l’engagement du plus grand nombre d’Israéliens à reconstruire, à faire nation et à vouloir vivre en paix avec leurs voisins sont autant de raisons d’espérer.

Puisse cette nouvelle année ramener tous les otages, panser les blessures, redonner goût à la vie aux familles meurtries et nous permettre à nous, Juifs de diaspora, de vivre notre judéité la tête haute.
Chana tova oumetouka, Am Israël ‘Haï !

Lionel Errera