Laïcité chérie, bien sûr !

8 décembre 2025

Édito de Jean-François Bensahel, Président de JEM, à l’occasion des 120 ans de la loi sur la Laïcité et du colloque « Laïcité, Religions, Judaïsme » organisé par JEM au Palais du Luxembourg le 15 décembre (retransmis en live sur YouTube et Facebook).

Parce que nous savons que les plus grandes vertus sont capables des plus grands vices, que la religion est autant une très haute institution du bien commun qu’elle peut être l’asile du plus grand mal, et qu’elle l’est assurément toutes les fois que religion et politique sont confondues, car, alors, l’une et l’autre se corrompent mutuellement. Leçon européenne par excellence qu’lsraël, où le judaïsme -orthodoxe-détient un pouvoir civil, notamment sur les mariages, où les haredim sont exemptés du service militaire, etc, ferait bien de méditer…

Gloire soit donc rendue à la République pour avoir en 1905 séparé religion et politique, assuré la liberté de conscience, proclamé la neutralité absolue de la puissance publique en matière de culte, lorsque, toutefois, celui-ci ne contrevient pas à l’intérêt et à l’ordre publics.

Mais la laïcité ne saurait se réduire à une législation. Elle est aussi un esprit. Celui-ci recommande aux religions de réserver leur développement au domaine privé et aux lieux de culte, que nous soyons tous des sujets de la République au dehors et des sujets de la religion au-dedans – pour ceux qui en ont -, qu’en quelque sorte nous soyons tous des marranes de nos religions respectives, et que dans l’espace public la mystique républicaine s’impose.

Mais pour que ce dispositif culturel soit efficace, encore faut-il que l’on puisse faire une distinction entre le privé et le public. Hélas, avec regrets, la révolution internet et les réseaux sociaux ont rendu caduque cette séparation. Tout le monde sait ou croit savoir tout sur tout le monde, chacun dispose d’un regard panoptique sur les identités privées des uns et des autres et notamment religieuses. Se dissimuler est devenu impossible.

Dès lors, quelle laïcité pour demain ?

Dans les rues, sur les places, il est essentiel de ne pas organiser de cérémonies religieuses. En ce qui nous concerne, il est regrettable de célébrer des cérémonies de Hanouka en plein air. Dans l’enceinte des institutions républicaines, il convient de s’abstenir de tout signe religieux ostentatoire, y compris à l’Assemblée Nationale, sauf pour le personnel des cultes, et de demander à l’islam, dernière religion venue, de se plier à ce que ses devancières, christianisme et judaïsme, ont accepté ou subi.

En revanche, il ne fait plus sens d’ignorer le point de vue des religions sur les questions touchant à la vie, à la vie en société ou à la vie personnelle, elles qui ont un point de vue anthropologique profond.

Il faut enseigner l’histoire des Juifs en France à l’école, ne plus les invisibiliser, et faire de même pour d’autres groupes humains injustement silenciés, enfin il ne faut jamais tolérer aucune atteinte à l’intégrité religieuse d’une personne.

Le jour où les synagogues n’auront plus besoin d’être protégées, et où l’antisémitisme aura disparu, un autre régime de la laïcité sera peut-être possible. Aux temps messianiques?