Tou Bichvat 5786 : Book Club

22 janvier 2026

En ce mois de Tou Bichvat, temps de renouveau, de racines et de croissance, Delphine Horvilleur nous invite à réfléchir aux livres qui nourrissent notre pensée et notre sensibilité. Comme un engrais déposé sur la terre où nous sommes plantés, certaines lectures façonnent nos réflexions, accompagnent nos silences et éclairent nos engagements. Voici une sélection d’ouvrages qui ont marqué son année — des livres pour faire pousser la mémoire, l’intelligence et l’humanité.

Cent ans sans solitude — Joann Sfar

Dans Cent ans sans solitude, Joann Sfar rassemble dessins, notes, fragments de pensée et récits intimes. À travers ses carnets, il observe le monde contemporain avec une liberté de ton rare, mêlant questions identitaires, politiques, artistiques et spirituelles. Son regard, à la fois tendre et critique, capte les bouleversements de notre époque et les interroge sans dogmatisme. Au fil de ses carnets, Joann Sfar est devenu un véritable commentateur de notre temps. Avec finesse, intelligence et humour, il esquisse une identité juive et profondément humaine, vivante, complexe et résolument ancrée dans le présent.

Géographie de l’oubli — Raphaël Sigal

Ce texte puissant explore les silences laissés par l’Histoire, en particulier ceux de la transmission après les grandes ruptures du XXe siècle. Raphaël Sigal ne cherche pas à reconstituer ce qui a été perdu, mais à cartographier l’absence, les vides, les non-dits, et la manière dont ils façonnent les générations suivantes. Ce livre m’a profondément bouleversée. Il parvient, avec une grande délicatesse, à dire le « trou de mémoire » sans jamais parler à la place des témoins. Il met en lumière tout ce que cet abîme de paroles a malgré tout transmis et construit en nous.

Correction automatique — Etgar Keret

À travers une série de récits courts et percutants, Etgar Keret explore les failles de l’existence, les absurdités du quotidien et les contradictions humaines. Chaque histoire, parfois minuscule en apparence, ouvre pourtant sur des questions existentielles profondes, mêlant humour noir, tendresse et lucidité. Je ne connaît personne aujourd’hui qui raconte mieux les histoires qu’Etgar Keret. Avec un humour inégalable, il parvient, à partir d’une anecdote apparemment anodine, à sonder l’âme humaine et à évoquer, en filigrane, les douleurs et les fractures d’Israël.

C — Amanda Sthers

Dans ce roman intime et dérangeant, Amanda Sthers met en mots un traumatisme collectif encore à vif. Le récit évoque une présence invisible mais envahissante, une angoisse diffuse qui s’insinue dans les consciences, les relations et les gestes du quotidien. Ce livre dit avec une justesse rare ce que beaucoup ont ressenti depuis le 7 octobre : une sorte de champignon-parasite qui pousse dans nos vies, nos pensées et nos sphères les plus intimes, transformant silencieusement notre rapport au monde.

On peut rire de tout (sauf de sa mère) — Constance Lagrange

Ce recueil revisite les grandes blagues juives, connues ou moins connues, à travers un travail graphique original et plein d’esprit. Les illustrations dialoguent avec l’humour, lui donnant une nouvelle profondeur et une fraîcheur inattendue. Parce que le propre des blagues juives est de ne jamais être racontées deux fois de la même manière. Ici, elles sont réinventées avec beaucoup de talent, et le coup de crayon de Constance Lagrange leur redonne une étonnante jeunesse, entre mémoire, autodérision et transmission.

Ces livres sont autant de graines semées dans nos esprits. À chacun de les cultiver, de les partager et de les laisser nourrir ses propres racines.

“Bonne lecture !”