Tichri 5787 : Book Club

31 août 2026

Tichri est un mois dense : on y passe de la joie de Roch Hachana à la gravité de Kippour, du son du Chofar au silence du recueillement. Une question revient souvent : comment vivre pleinement cette traversée, sans se contenter d’enchaîner les offices ?

Tichri n’est pas un simple calendrier de fêtes : c’est une progression. Le Chofar sonne pour réveiller, Kippour vient pour réparer, et entre les deux se joue tout un travail sur la mémoire, le pardon et parfois le deuil. Ce ne sont pas des notions abstraites : ce sont des textes, des débats, des voix qui se répondent depuis des siècles. Nos rabbins ont chacun choisi, au fil des années, une lecture qui les a aidés à entrer plus profondément dans ce mois.

Se retrouver autour d’un livre, c’est une autre façon de vivre la communauté, moins solennelle qu’un office, tout aussi essentielle. Comprendre pourquoi Jankélévitch s’interroge sur les limites du pardon, ou pourquoi l’hébreu a un mot « avot shkoulim » qu’aucune autre langue ne possède pour dire la perte d’un enfant, ce n’est pas un exercice académique : c’est se donner des mots pour penser ce que l’on vit soi-même. Voici les quatre livres qui, cette année, nourrissent notre book club Tichri.

Yamim Noraïm. Days of Awe — B. S. Jacobson (choisi par Yann Boissière)

Un ouvrage exigeant, à la fois historique et analytique, qui remonte aux sources textuelles des célébrations de Tichri. Yann Boissière y a particulièrement aimé la réflexion sur le Chofar : pourquoi ce son précis, pourquoi cet instrument, et comment la tradition en a fait le signal même du réveil intérieur. Pour qui veut comprendre le « pourquoi » derrière le rite plutôt que le suivre machinalement.

Le Pardon — Vladimir Jankélévitch (1967) (choisi par Gabriel Farhi)

Écrit alors que le monde s’ouvrait tardivement à la notion de crime contre l’humanité, cet essai pose une question qui hante encore Tichri aujourd’hui : peut-on tout pardonner ? Jankélévitch y avance une phrase qui a marqué Gabriel Farhi : « Le méchant, comme le menteur, n’est peut-être méchant que parce qu’il n’a pas été assez aimé. Tout est pardonnable, si tout n’est pas excusable. » Un livre qui ne referme pas la question du pardon, mais l’ouvre, exactement ce dont on a besoin avant Kippour.

Tombé hors du temps et Une femme fuyant l'annonce — David Grossman (choisis par Delphine Horvilleur)

Deux des plus beaux textes sur le deuil, selon Delphine Horvilleur, en particulier celui vécu par tant de parents en Israël. Grossman, lui-même endeuillé, donne voix à ce que l’hébreu seul sait nommer : les « avot shkoulim », les parents ayant perdu un enfant, un mot sans équivalent dans aucune autre langue. Que la voix soit celle d’un père ou d’une mère, elle nous transperce et nous laisse entrevoir, un instant, ce territoire qu’on préfère ne jamais connaître.

Mémoire et Pardon — Catherine Chalier (Seuil, 2018) (choisi par Marine de Moliner)

À partir des textes bibliques et de la tradition juive, mais aussi de Levinas, Ricœur, Derrida et Jankélévitch, Chalier interroge une question centrale de Kippour : comment se souvenir sans rester prisonnier du passé, et envisager un pardon véritable, sans jamais qu’il soit obligatoire ? Comme souvent dans le judaïsme, l’ouvrage ne tranche pas : il ouvre un débat que chacun est invité à poursuivre dans sa propre introspection.