Sim’hat Torah : pourquoi célèbre-t-on la Torah sans l’ouvrir ?

30 septembre 2026

Le calendrier juif propose une fête paradoxale. Pendant toute l’année, la Torah est le livre qu’on étudie, qu’on commente et qu’on discute. Or, à Sim’hat Torah, on la sort de l’armoire sainte pour danser avec elle, mais fermée, serrée contre soi.

Une fête qui clôt… et recommence

Sim’hat Torah signifie « la joie de la Torah ». Elle arrive juste après Souccot et marque la fin du cycle annuel de lecture. Ce jour-là, on lit les derniers versets du Deutéronome, puis on enchaîne aussitôt avec le tout début de la Genèse : Beréchit, « au commencement ». Et l’on fera en sorte qu’il n’y ait aucune pause entre les deux.

Au cœur de la fête, il y a les hakafot : sept tours autour de la synagogue, rouleaux dans les bras, en chantant et en dansant. Chacun à son tour porte la Torah et la passe à quelqu’un d’autre. Les enfants suivent avec des drapeaux, et dans certains lieux en Israël  toute l’assemblée finit par danser dans la rue.

Le livre fermé, une égalité parfaite

C’est là que le geste devient beau. Quand la Torah est ouverte, il faut savoir lire l’hébreu, connaître la cantillation, apprendre les commentaires. Tout le monde n’a pas ces clés, et beaucoup se sentent parfois à la marge.

Quand elle est fermée, plus personne n’est expert. Le rabbin et celui qui entre pour la première fois dans une synagogue la portent de la même manière, et leurs pieds dansent pareil. Un enseignement hassidique souvent cité dit qu’à Sim’hat Torah, ce ne sont pas la tête ni les yeux qui célèbrent, mais les pieds. Or les pieds ne savent rien : ils avancent, simplement.

Une relation, pas seulement un savoir.

Généralement on n’embrasse pas quelqu’un pour mieux le comprendre. On embrasse ce que l’on connaît déjà. À Sim’hat Torah, ce principe n’est pas respecté, car même celui qui ne connaît pas la Torah, peut la prendre dans ses bras, peut danser avec elle. On la tient contre soi comme on tient quelqu’un qu’on aime. C’est un attachement au-delà de la connaissance.

Le texte nous dépasse. Un livre fermé garde son mystère. Après une année entière de lecture, on n’a pas « fini » la Torah, et on ne la finira jamais. La fermer pour danser, c’est reconnaître qu’il reste toujours plus à découvrir que ce qu’on a compris.

Ce que ça peut nous apprendre aujourd'hui

Finir sans s’arrêter. À Sim’hat Torah, la fin et le commencement se touchent : aucune pause entre le dernier verset de Dévarim et Beréchit. On vit souvent nos projets, nos études ou nos années comme des lignes droites avec une ligne d’arrivée. La tradition propose un cercle. Rien n’est jamais « bouclé » pour de bon, et c’est plutôt une bonne nouvelle : on a toujours le droit de recommencer, et de relire autrement ce qu’on croyait connaître.

Accepter de ne pas tout comprendre. On valorise énormément la maîtrise. Pourtant, nos liens les plus forts (famille, amitiés, héritages) ne reposent pas sur une compréhension complète. On aime ses proches sans les avoir « résolus ». Sim’hat Torah dit la même chose d’une tradition : on peut s’y attacher sans en avoir tout saisi.

Mettre de la joie dans la transmission. Beaucoup de parents se demandent comment transmettre un judaïsme qu’ils ont peu reçu eux-mêmes. Sim’hat Torah offre une réponse très simple : les enfants se souviennent d’abord de ce qu’ils ont vécu avec leur corps. Voir ses parents danser avec la Torah pèse souvent plus lourd, des années plus tard, qu’une longue explication. La tradition prévoit d’ailleurs un moment dédié, appelés Kol hanéarim, où tous les enfants sont appelés ensemble à la Torah, abrités sous un grand talith.

Refaire corps ensemble. Dans une époque fragmentée, danser en cercle avec d’autres, au même rythme, autour du même objet, est devenu rare. C’est peut-être l’une des choses les plus précieuses que la fête nous rend.

Célébrer Sim'hat Torah avec JEM

Chez JEM, Sim’hat Torah se vit pleinement, dans une approche égalitaire où chacune et chacun peut porter la Torah et être honoré. Rendez-vous le Vendredi 2 Octobre à 18h30 à JEM Copernic, et 18h45 à JEM Beaugrenelle et JEM Est, et Samedi 3 Octobre à 10h00 dans nos 3 synagogues parisiennes pour les hakafot, la lecture de la fin et du recommencement, un temps pensé pour les familles et les enfants.