Rimonim contre la Haine : Apprendre, comprendre, grandir
Dans un contexte de montée des discours haineux, Rimonim, le mouvement de jeunesse de JEM, a tout au long de l’année poursuivi son action éducative engagée auprès des adolescents du Talmud Torah. Objectif : déconstruire les discours anti-juifs et redonner aux jeunes les clés pour penser par eux-mêmes.
Depuis trop longtemps, des termes comme « génocide », « apartheid » ou « sionisme » sont brandis dans les médias ou sur les réseaux sociaux, souvent sans nuance, et parfois avec une charge haineuse. Pour des jeunes de 11 à 14 ans, qui grandissent dans un monde d’images et de raccourcis, ce flot de mots devient un piège.
Face à cela, Rimonim by JEM a conçu un parcours pédagogique original, adapté à l’âge des Gzaïm (11 – 14 ans), pour replacer les mots dans leur contexte, les idées dans leur histoire, et les débats dans leur complexité.
Un voyage dans l’histoire de l’antisémitisme
Le programme repose sur une conviction : pour se défendre, il faut comprendre. Il a donc commencé par un travail de généalogie de l’antisémitisme, en retraçant les grandes étapes de cette haine ancienne :
- L’antijudaïsme chrétien, né dans l’Antiquité tardive, qui accuse les Juifs de déicide.
- Les mythes complotistes du XIXᵉ siècle, où les Juifs deviennent tour à tour banquiers omnipotents, agents secrets ou responsables de la révolution bolchévique.
- La Shoah, comme paroxysme de cette haine, avec l’extermination planifiée du peuple juif.
- Le négationnisme, qui nie les faits pour réécrire l’histoire, délégitimer Israël et inverser les rôles.
Chaque séance s’est appuyé sur des supports visuels, des échanges animés et des mises en situation. Les jeunes du Talmud Torah ont découvert que les infox d’aujourd’hui sont souvent les déguisements modernes d’un récit de haine vieux de plusieurs siècles.
Décrypter l’antisionisme contemporain
En fin de parcours, les éducateurs ont abordé avec les jeunes la notion d’antisionisme, en la distinguant d’une critique légitime de la politique israélienne.
- Qu’est-ce que le sionisme ?
- Pourquoi Israël est-il souvent ciblé comme “problème” dans les débats internationaux ?
- Comment différencier un désaccord d’un discours de haine ?
Loin des slogans, ces ateliers ont redonné aux mots leur profondeur, reconnectant les jeunes à leur histoire, à leur identité, et à leur capacité de penser avec liberté et lucidité.
Le pari de Rimonim est audacieux : former une génération de jeunes Juifs capables de répondre à la haine non par la peur ou le repli, mais par la connaissance, la réflexion et la parole. Dans un contexte souvent marqué par l’inquiétude, ce programme offre un espace de confiance en soi, de compréhension du monde, et de réaffirmation du lien à une histoire collective, sans jamais en simplifier la complexité.
Au fil des séances, les échanges n’ont pas seulement enrichi les participants : ils ont aussi ouvert des dialogues au sein des familles, suscitant de nombreuses questions et réflexions de la part des enfants, preuve de leur engagement sincère et de leur besoin de comprendre.
Pour conclure ce cycle et raviver l’espérance au cœur des échanges, Myriam, professeure au Talmud Torah de Copernic, a partagé l’une de ses proses, empreint de lumière et de sens.
“Le peuple juif, peuple du livre, avec cette capacité analytique de nommer, de mettre les mots sur les maux, les passerelles sont nombreuses pour exprimer cette résilience, au travers des arts...”
Etre fier d’être juif
« De l’Inquisition en Espagne aux affres de la Shoah, l’actualité du 07/10/2023 nous amène à nous interroger sur ce qu’est être juif au 21ème siècle et plus largement d’une manière générale sur les passerelles de réflexion collective et individuelle sur la fierté d’être juif, et ce en dépit de l’histoire marquante qui entoure ce petit peuple.
Peuple nomade qui découvrit grâce aux patriarches le sens du monothéisme et rejetant tous les sentiers de l’idolâtrie, plus tard le personnage de Jacob mérite l’appellation d’Israël après un lourd et âpre combat contre un ange, plus tard Moïse avec les tables de la Loi assoit la définition du peuple au sens juridique au sens de lois.
Le peuple juif, peuple du livre, avec cette capacité analytique de nommer, de mettre les mots sur les maux, les passerelles sont nombreuses pour exprimer cette résilience, au travers des arts, de la littérature riche et porteuse de sens, au travers de l’humour, ce célèbre humour exprimé par Woody Allen et qui nous porte, tel un phénix qui renaît de ses cendres. Le peuple juif nous offre une magnifique leçon de capacité de survie, de volonté d’avancer malgré les orages et les éclairs qui ont foudroyé maintes fois notre peuple.
Un exemple d’un artiste, Modigliani, célèbre artiste peintre, vers 1906, il reçoit un torrent d’attaques antisémites. En réponse, il fera deux toiles qui portent l’identitaire juif : le célèbre portrait intitulé La Juive, et le portrait d’un juif orthodoxe dans les ghettos, agissant comme une réponse fière de son identité envers ses détracteurs et ignominies antisémites à son encontre.
Le peuple juif a une mémoire qu’il célèbre à travers les fêtes qui égrènent le calendrier juif. La notion de famille est importante, elle est le socle de l’apport des valeurs morales et est la promesse d’un futur plein de lumières, de créativité et de résilience. Le peuple juif a aussi un lien au temps qui passe, un des livres d’Avraham Eshel, le titre « Les bâtisseurs du temps » nous renvoie à cette focale du peuple juif, presque artisan, façonnier, tissant une texture de l’histoire, mémoires plurielles qui se déclinent autour de la mémoire culinaire, mémoire des textes, mémorial des âmes envolées à jamais lors de la Shoah. Chacun d’entre nous porte une mémoire géologique, dixit le poète Yehuda Amichai, qui disait que le peuple juif est fait de laves incandescentes et de sédiments, mais qui ne se fossilisent pas. Là est l’ADN du peuple juif. Nous ne serons jamais des fossiles de l’histoire, nous serons des êtres vivants célébrant la vie plus que tout.
Une étude sociologique a montré que les petites bourgades d’Europe de l’Est où habitaient de nombreuses familles juives dans des ghettos, malgré leurs dures conditions de vie, l’écriture et la lecture étaient enseignées, un enseignant se déplaçait de maison en maison afin de dispenser le savoir, les connaissances, c’est cela aussi être fier d’être juif, cette appétence pour le verbe ne nous a jamais quittés, elle se retrouve dans l’analyse des textes talmudiques, elle se retrouve dans l’univers de la poésie et de la littérature, les mots, toujours les mots comme l’illustrait Amos Oz, célèbre écrivain titre d’une de ses œuvres, Juifs par les mots, nous ajouterons pour guérir les maux. Un célèbre événement nommé l’Exodus, un bateau en partance vers la Terre sainte, à bord de ce bateau, la langue hébraïque y était enseignée sous forme de petits groupes.
Tous ces exemples précités de résilience, de volonté, de survie, nous renforcent et nous invitent à croire en des lendemains heureux et où le peuple juif, telle une boussole pour le reste de l’humanité, continuera de se frayer un chemin, un chemin fait d’espérance. C’est une forme de célébration de la vie en dépit des vicissitudes qui auront marqué ce petit peuple.
Am Israël Hai. »
Myriam, Professeure au Talmud Torah de Copernic