Rapport Sauvé : ce que l’Église a appris et que JEM s’approprie
Cinq ans après la publication du rapport de la CIASE, la méthode que Jean-Marc Sauvé a tracée dépasse largement le cadre de l’Église catholique. JEM s’en inspire aujourd’hui pour construire son dispositif de protection des mineurs.
Le 24 septembre JEM organise une table ronde sur le sujet, pour y participer en présentiel ou streaming, cliquez ici.
Le 5 octobre 2021, un chiffre a changé la manière dont la France regarde les institutions religieuses : 216 000. C’est le nombre estimé de personnes mineures victimes de violences sexuelles commises par des clercs et des religieux catholiques, entre 1950 et 2020. Ce chiffre dépasse 330 000 si l’on inclut les laïcs en mission dans l’Église. Il est issu du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État.
Trois ans d'enquête, une méthode
La commission a été créée en 2018 par la Conférence des évêques de France et la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF). Elle ne s’est pas contentée de compter. Elle a lancé un appel à témoignages, qui a recueilli plusieurs milliers de réponses, et auditionné des victimes. Elle a aussi ouvert les archives et mené, avec l’Inserm, une enquête en population générale.
Ses conclusions dessinent un phénomène systémique. La famille reste le premier lieu des violences sexuelles faites aux enfants. En dehors des cercles familial et amical, l’Église apparaît ensuite comme le milieu où leur prévalence est la plus élevée. Le rapport pointe surtout le traitement des victimes : jusqu’au début des années 2000, l’institution a manifesté à leur égard une indifférence profonde. La commission en a tiré 45 recommandations, articulées autour de trois verbes : reconnaître, réparer, prévenir.
L'autorité religieuse, facteur aggravant
Aucune confession n’a le monopole de ces violences. Le cadre religieux réunit pourtant des conditions qui favorisent leur perpétration et leur dissimulation. L’adulte y exerce une autorité rarement contestée. La figure religieuse bénéficie d’une confiance particulière, et l’emprise peut prendre une dimension spirituelle. La communauté, enfin, est parfois soucieuse de préserver son image. L’enfant qui voudrait parler se heurte alors à une personne respectée, mais aussi à une institution et aux convictions de ses propres parents.
Des décennies de silence, un mécanisme connu
Les victimes mettent souvent des années, parfois un demi-siècle, à parler. La médecine explique ce délai. Au moment des faits, la sidération paralyse l’enfant. Viennent ensuite la dissociation et l’évitement, que l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaît comme des symptômes du trouble de stress post-traumatique. Ces mécanismes protègent l’enfant d’une souffrance insoutenable. Dans certains cas, une amnésie traumatique s’installe durablement. La honte, la culpabilité et la peur de ne pas être cru ajoutent à ce silence. Parler tard n’est donc pas un choix, mais la conséquence directe du traumatisme.
Un « tiers de justice » pour réparer
La CIASE a recommandé de généraliser le signalement systématique à la justice et de confier la réparation à des instances indépendantes. La CORREF a donné suite dès novembre 2021 en votant à l’unanimité la création de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR). Sa présidence a été confiée à Antoine Garapon, magistrat honoraire et ancien membre de la CIASE. Indépendante des congrégations comme des victimes, la CRR joue le rôle de « tiers de justice » entre les personnes victimes et les communautés.
JEM applique la méthode
Issue de l’ULIF et du MJLF, JEM a choisi d’inscrire son action dans la continuité de ce travail, de faire de la prévention une exigence durable, et d’accueillir la parole de toute victime, en s’appuyant sur des professionnels et des instances indépendantes, dont la CRR. Concrètement, JEM élabore un protocole de protection des mineurs. Il comprend un dispositif de signalement, une charte de l’adulte bientraitant et la formation de l’ensemble des équipes au contact des enfants. Parents, enseignants, animateurs et rabbins participent à sa construction au sein de groupes de travail. L’entrée en vigueur est prévue en janvier 2027. JEM rejoint ainsi les toutes premières communautés juives de France à se doter d’un tel dispositif.
Le 24 septembre, au lendemain de Kippour
Le 24 septembre à 19h30, JEM Copernic accueille la table ronde « Violences sexuelles en milieu religieux : reconnaître, réparer, agir ». Jean-François Bensahel, président de JEM, ouvrira la soirée en exposant le choix de la communauté de s’engager dans la reconnaissance et la prévention. Le rabbin Yann Boissière apportera un regard rabbinique sur la réparation. La thérapeute Deborah Darmon abordera la nécessité de la reconnaissance publique. Jean-Marc Sauvé reviendra sur la manière dont l’Église s’est saisie du sujet. Le Dr François Bernard présentera les conséquences des violences sexuelles sur le développement de l’enfant et sur la santé. Antoine Garapon analysera l’emprise du responsable religieux comme facteur aggravant. Deux éclaireuses apporteront ensuite leur témoignage. La soirée se conclura par la présentation du programme de prévention pour la protection des mineurs et du dispositif d’écoute dédié aux victimes.