Le fado a-t-il quelque chose de juif ?

1 octobre 2026

La question surprend, puis elle intrigue. Le fado, ce chant né dans les ruelles de Lisbonne, semble à mille lieues de la synagogue. Et pourtant, quand on l’écoute avec une oreille juive, quelque chose résonne : une nostalgie sans objet précis, une façon de chanter ce qu’on a perdu sans jamais renoncer à l’espérer.

Un chant de l'absence

Le fado apparaît au XIXe siècle dans les quartiers populaires de Lisbonne, l’Alfama et la Mouraria. Une voix, une guitare portugaise, une guitare classique, et un sentiment que les Portugais appellent saudade : le manque de ce qui n’est plus, ou de ce qui n’a peut-être jamais été. Un manque paisible. Et un terme portugais qu’on ne peut traduire en aucune autre langue.

Soyons honnêtes : aucun document ne prouve que le fado ait des « origines juives ». Mais il porte la mémoire d’un pays qui a accueilli l’une des grandes communautés juives d’Europe. En 1496, le roi Manuel Ier ordonne l’expulsion des Juifs ; l’année suivante, la plupart sont convertis de force. On les appelle les anoussim, « les contraints ». Beaucoup continuent à allumer des bougies le vendredi soir en cachette, parfois pendant des siècles, sans toujours savoir pourquoi. À Belmonte, dans le nord du pays, une communauté a ainsi préservé des rites juifs jusqu’au XXe siècle.

Un peuple qui chante le manque, sur une terre qui a appris aux Juifs à garder le secret : la rencontre n’a rien d’un hasard poétique.

Pourquoi cette mémoire nous parle encore

La tradition juive connaît bien la saudade, sans lui donner ce nom. « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions » : le psaume 137 est déjà un fado. L’exil, la nostalgie de Jérusalem, l’attente d’un retour traversent la liturgie, du Ticha Béav jusqu’au « L’an prochain à Jérusalem » qui clôt le séder. Et plus profondément encore dans l’attente messianique : un peuple qui, depuis des siècles, vit tendu vers un temps qui n’est pas encore venu. Une nostalgie tournée vers l’avenir, c’est peut-être la définition la plus juive de la saudade.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous portent des histoires familiales faites de départs et d’exils  : Portugal, Maroc, Algérie, Europe de l’Est. On hérite de recettes, de prénoms, de mots d’une langue qu’on ne parle plus. La musique fait partie de ces fils ténus qui nous relient à ceux qui nous ont précédés. Elle permet de ressentir ce qu’on ne sait pas toujours expliquer. Et surtout ce qui a pu aussi être effacé de l’Histoire, du tangible, et oublié dans des mondes auxquels on a imposé une autre réalité et une autre Histoire  – comme au Portugal avec l’Inquisition. Là, où il n’existe plus d’héritage direct du judaïsme, le Fado porte bel et bien des mélodies aux accents judéo-arabes qui ont résisté au temps.

Une soirée pour explorer vos racines avec JEM

C’est exactement le chemin qu’a pris Fiona French Fadista . Française de naissance, portugaise de cœur, elle a découvert le fado à Lisbonne et y a retrouvé l’écho de ses origines sépharades. Celle qui anime les 30-50 ans de JEM et a créé les Jewish Jam présente Origines / Original, un concert qui tisse fado, chanson française et héritage de mémoires d’exil, un thème à la fois juif et portugais.

Rendez-vous à JEM Copernic le Samedi 10 Octobre à 19h00, pour la toute première fois de Fiona French Fadista à la synagogue. Entre émotion et légèreté, une soirée pour tous, que vous connaissiez vos origines sur le bout des doigts ou que vous commenciez à peine à les chercher.​Vous serez au bon endroit. Réservez vos places.

Inédit: pré-enregistez son prochain titre « Dernière Danse », une reprise unique dans l’essence du Fado, dans cet équilibre franco-portugais qui la définie.