Hazak ! Hizki ! – Edito du rabbin Philippe Haddad
Lorsqu’un homme ou une femme descend de la téva, après la lecture de la Torah, nous lui souhaitons : Hazak ! Hizki ! « Sois fort.e ! » Descendre de la téva ne signifie pas s’assoir sur ses acquis, et encore moins descendre en soi-même. La formule invite à rester vigilant et courageux dans son identité humaine et juive. L’être humain n’est jamais, mais il devient toujours. « Rien n’est jamais acquis à l’homme » chantait le poète.
Cet encouragement fut celui de Moïse à Josué, son successeur : « sois fort et persévérant ! ». La mission exigeait, en effet, force et détermination pour mener tout un peuple vers la terre promise.
Le courage exprime la vertu de se mesurer aux épreuves difficiles. Voilà la différence entre le courageux et le téméraire, car si ce dernier ne se rend pas toujours compte de la réalité du danger, le courageux sait qu’il y mettra beaucoup de lui-même, qu’il lui faudra puiser dans ses tréfonds pour vaincre sa peur.
« Quel est le fort, demandait Ben Zoma, dans le traité Avoth ? Celui qui se maîtrise lui-même ! » Celui qui se découvre plus grand après son épreuve, après sa licence de l’être.
Les actualités mondiales mettent en exergue les courageux et les téméraires, les lâches et les indifférents, les bienveillants et les malveillants, les sincères et les cyniques, les désintéressés et les profiteurs.
Je voudrais par cet édito parler de quelques êtres de courage qui ont choisi la vie, même si elles devaient la donner pour que d’autres puissent vivre. « Je place devant toi la vie et la mort, et tu choisiras la vie » déclare YHWH. Choisir la vie, la sienne et les celles des autres, et parfois offrir sa vie pour la vie des autres.
Je pense à nos enfants de Tsahal, dans leur vingtième année, qui n’ont pas connu l’insouciance des teenagers, parce qu’ils étaient au front pour empêcher qu’un nouveau 7 octobre 2023 ne se reproduise, pour qu’une nouvelle Shoah ne puisse anéantir les rescapés d’Auschwitz et autres camps de la mort. A toi – garçon et filles – qui a laissé tes études, tes affaires, ta famille, tes enfants ; à toi qui a laissé tes espérances pour un demain hypothétique ; à toi qui aurait pu contribuer, à ta manière, au tikoun ôlam, à la bonification du monde pour le bonheur de l’humanité, je te dis : Hazak ! Hizki !
A toi Yarden Bibas, l’un des ex-otages du Hamas, qui a parlé à Kfir, ton bébé bien-aimé assassiné sans pitié, et qui pour ses 3 ans d’absence à déclarer à en fendre nos cœurs : « Kfir, je suis désolé de t’avoir fait naître dans un monde si cruel. J’espère que tu sais à quel point je t’aime et combien tu me manques. » A toi Yarden je te dis : Hazak ! Dans ta douleur, tu es notre lumière de courage.
A toi jeunesse iranienne qui a soif de liberté, premier principe de notre triptyque républicain et premier cadeau de notre Créateur à l’être humain, liberté que la Torah nomme tsélem Elohim « image de Dieu » ; j’entends tes gémissements telles les plaintes des Hébreux devant la férocité du Pharaon. Je pense à ces jeunes filles et ces femmes qui voudraient, cheveux au vent, croire dans un Dieu d’amour qui les libérerait des idoles despotiques et autre Père Fouettard. A toi, frère et sœur en humanité, je te dis : Hazak ! Hizki !
Enfin, je pense au courage de mon ami Xavier Moché, qui a embrassé le judaïsme alors qu’il se bat contre la maladie de Charcot. Dans son livre témoignage La Dolce Vita… jusqu’à la SLA (Editions Trois colonnes), il raconte sa résistance obstinée à la mort, avec une élégance et une lucidité désarmantes. Il aurait dû s’éteindre depuis longtemps, mais il déjoue les pronostics depuis plus d’une décennie. Son livre écrit avec ses yeux posés sur tablette, puisque tout son corps est paralysé, est une vraie leçon de courage, quand nous sommes si prompts à geindre devant les petits bobos de l’existence. Ton livre sera une source d’inspiration pour quiconque te lira. Mon cher Moché je te souhaite : Hazak !
Quand nous terminons la lecture d’un livre de la Torah : nous nous congratulons par : Hazak vénithazek ! Que chaque membre de la communauté soit fort, alors ensemble nous serons forts !
Nous lisons dans nos sidroth chabbatiques la sortie d’Egypte, la naissance du âm Israël. Soyons forts et courageux pour continuer à écrire cette histoire en la vivant par notre engagement et celle de nos enfants !
Hizkou !
Rabbin Philippe Haddad